Les dissidents [Retour]

Je dédie cet article à tous les dissidents Antillais qui se sont battus au péril de leur vie, pour rejoindre la France libre et combattre aux côtés des Alliés. Depuis quelques temps les soldats de l'Outremer français sont mis à l'honneur, mais les soldats Antillo-guyanais sont oubliés alors qu'à l'époque ils étaient issus des colonies.

Source : Loiseau Bernadin et Anne Marie, A propos de la Dissidence et du B.A.1 .Édition Lafontaine. Club des gommiers. Document trouvé à la Drac de Fort-De-France en 2001. Extraits du F.A en date du mardi 7 mai 1985.

   Après l'appel du 18 juin, du général de Gaules, la Dissidence,( nom donné par l'Amiral Robert au vaste mouvement d'évasion des Antillais sur les gommiers vers les îles voisines pour rejoindre la France libre) , s'organise. Grâce au gommier, de nombreux volontaires ont pu traverser les canaux de Sainte-Lucie ou de la Dominique, au péril de leur vie, pour rejoindre la France des Résistants. Les dissidents qui quittaient la Martinique le soir ,en cachette, à bord des gommiers de fortunes parfois empruntés à des proches, étaient condamnés d'office à mort par le régime de Vichy.

Au temps de l'Amiral Robert :

     Ce haut fonctionnaire de Vichy, mandaté par Pétain , a fait régner la terreur sur la Martinique . Ce qui explique en partie la grande mobilisation des jeunes antillais après l'appel du 18 juin.

    "La pénurie(2) était le seul point commun pour tous , si l'on excepte l'entourage de l'Amiral Robert "(Pour la plupart des békés (3) et des hauts fonctionnaires de France. L'Amiral Robert a remplacé tous les maires noirs par des békés()descendants de colons européens). Seuls le génie et le travail des Martiniquais devenaient vitaux, dès lors qu'il n'y avait plus d'arrivage dans notre pays où l'importation avait cessé. Il fallait ainsi se suffire sans aucun apport de l'extérieur, d'autant plus que le système de rations institué par le régime était incomplet. Vite un véritable "Marché d'échanges" de la main à la main, sans monnaie en circulation, entre toutes les branches de la population, permettait à chacun de se procurer la denrée alimentaire ou le produit de première nécessité dont il avait besoin. C'est du reste une véritable chaîne de solidarité incomparable et sans précédent qui se créait comme pour noyer les restrictions imposées par la rigueur de régime: Le troc était roi.

La dissidence :

    Humiliation, incertitude, restriction, répression ont constitué le contexte dans lequel les Antillais ont été amenés à quitter leur sol natal, pour traverser les canaux des Saintes, de la Dominique ou de Sainte-Lucie, sur de frêles esquifs à voile au péril de leur vie, afin de rallier la France Libre qui s'organisait dans ces petits pays voisins anglophones.

   "La dissidence est le fait de ne pas se soumettre à l'autorité établie en s'en séparant, lancée pour mépriser ceux qui partaient , faisait au contraire leur fierté. Ils étaient sans doute transportés par un idéal extraordinaire fondé spontanément par un seul motif: servir la France; un seul chef le général de Gaules"Point n'est besoin de le dire, la répression devenait plus intense,La condamnation à mort est vite devenu le moyen le plus expéditif , et nul ne saura jamais combien ont été mitraillés dans leurs frêles barques par les patrouilles de l'amiral Robert, chargées de dissuader ceux qui partaient, bien avant qu'ils arrivent au terme de leur périlleuse et aventureuse expédition.

     Celui qui a écrit ces lignes a été le premier à quitter sa commune natale en pleine nuit, avec deux autres camarades dont un n'avait aucune pratique de la mer.

   "Du François où nous partions, il fallait doubler la Pointe du Vauclin, la Pointe des Salines, et traverser le canal pour se rendre à Sainte-Lucie. C'est alors là qu'à peu près à la limite des eaux territoriales, les feux puissants balayant la surface de l'océan démonté, ne se sont pas arrêté sur notre ligne de mire grâce à un réflexe spontané qui nous a fait couler notre embarcation, immergée de ce fait comme une épave, au ras des flots. L'acte criminel de nos éventuels assaillants n'ayant pas abouti, nous parvenions à écoper puis à reprendre avec toutes les difficultés , la route de Sainte-Lucie où nous atterrissions pour la première fois sans connaître l'endroit pour n'y être jamais allés. Nous avons réussi à tromper la vigilance des patrouilles côtières et dès le lendemain nous parvenions à Castries la capitale. nous vîmes arrivés par vagues journalières de nombreux franciscains qui suivirent notre exemple."

   Ainsi nous apprenions que l'acte de notre condamnation à mort était apposé sur chacun de nos domiciles, nos parents ayant subi de leur côté la brimade des autorités procédant à leur interrogatoire à notre sujet. Suite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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