Victor Schœlcher [Retour]

L’émancipation progressive des esclaves.(Décret du 27 avril).

     La chronologie de l'abolition chevauche deux siècles et s'étale sur plus de cinquante ans, de la Révolution française à la Seconde République. A elle seule, cette longue durée atteste des résistances qu'il a fallu vaincre pour éradiquer des phénomènes aussi profondément ancrés dans les mentalités. C'est donc tardivement - la Révolution est entrée dans sa sixième année - que la Convention nationale abolit le 16 pluviôse an II (4 février 1794) l'esclavage des Nègres dans toutes les colonies et accorde la citoyenneté française à tous les hommes sans distinction de couleur. L'abolition, qui fut longuement préparée puis votée à l'unanimité, est un des actes essentiels à mettre à l'actif de la Révolution. Mais, outre qu'il ne dit mot de la traite, le décret ne put être véritablement appliqué : on n'en tint pas compte à Bourbon ni à l'Île de France et la guerre maritime ranimée avec l'Angleterre l'année précédente avait coupé la métropole de ses possessions en Guyane et aux Antilles. Cette première abolition ne correspondait pas au vœu du négoce français et dès que l'occasion se présenta de l'annuler on ne la manqua pas. Bonaparte étant Premier Consul, la paix fut conclue à Amiens le 26 mars 1802 avec l'Angleterre. Les colonies de nouveau accessibles, il fallait renouer sans tarder avec des habitudes qui avaient fait leurs preuves. Au mois d'avril suivant, Bonaparte reçut à Paris une délégation de députés de Nantes, Bordeaux et Marseille à qui il promit implicitement le retour du commerce négrier. La promesse fut tenue : la loi du 30 floréal an X (20 mai 1802) rétablissait la traite et l'esclavage conformément aux dispositions antérieures à 1789. Un an plus tard, la rupture de la paix priva de sortie les navires négriers jusqu'au retour des Bourbons en 1814. Louis XVIII n'eut pas le temps de légiférer sur la traite comme l'Angleterre, qui l'avait abolie en 1807, le lui demandait. Napoléon, revenu pour cent jours, prit les devants et décréta la fin de la traite le 29 mars 1815 - dans un geste politique à l'égard des Anglais plus que par humanité vis-à-vis des Noirs. La seconde Restauration ignora cette loi de “ l'usurpateur ”, mais pas l'Angleterre qui fit pression sur le roi pour que le processus d'abolition de la traite fût accéléré. L'accélération fut progressive et ne dura pas moins de seize années : Louis XVIII s'engagea bien le 30 juillet 1815 à interdire immédiatement la traite, mais il fallut une ordonnance et trois lois entre 1817 et 1831 pour mettre un terme à l'activité négrière française commencée presque deux siècles plus tôt. L'interdiction de la traite ne pouvait être complètement respectée tant que l'esclavage persistait. L'Angleterre montra la voie en l'abolissant en 1833, mais la France traîna encore des pieds pour la suivre. C'est Victor Schœlcher, sous-secrétaire d'État aux Colonies de la Seconde République naissante, qui obtint le 27 avril 1848 la signature du décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. La traite et l'esclavage avaient officiellement disparu mais pas le besoin d'une main-d'œuvre abondante et bon marché, aussi la France recourut-elle à d'autres sources et à d'autres méthodes.

Victor Schœlcher

Né en Alsace à Fessenheim en 1804 , Victor Schœlcher fut le principal artisan de l'abolition de l'esclavage.  Fils d'un porcelainier prospère du Haut-Rhin, le jeune Victor Schœlcher est envoyé par son père au Mexique, à Cuba et aux Etats-Unis pour y trouver de nouveaux marchés. Il y découvre l'esclavage  ce qui va énormément le choquer. C'est pour cette raison qu'au décès de son père , il  décida de vendre l'affaire familiale et de mener une vie de rentier fortuné, de voyager et d'écrire. Toujours préoccupé de justice sociale et désireux de défendre les droit de l'homme, Schœlcher se lance très jeune dans la lutte publique contre l'esclavage et pour l'abolition de la peine de mort. Nommé  sous-secrétaire d'État à la marine et aux colonies sous le régime républicain issu de la révolution de 1848, il rédigera  le décret d'abolition de l'esclavage qui sera signé le 27 avril 1848. Il est élu député de la Guadeloupe puis proscrit par le second empire. En 1870, il est élu député de la Martinique, puis sénateur inamovible en 1875. Convaincu que sans le relais de l'éducation , la libération des esclaves seraient sans lendemain, il fait don en 1883 de sa bibliothèque personnelle à la Martinique, invitant la colonie à construire un bâtiment où les ouvrages seront gratuitement consultable par tous . Il mourut à Houilles sur Carrière  dans les Yvelines (78) en 1893. Ses cendres furent transférés au panthéon en 1949, où repose aussi depuis 2003, l'écrivain Alexandre  Dumas, le petit-fils et arrière-petit-fils d'esclaves de Saint-Domingue. Schœlcher fut le seul abolitionniste occidental à s'investir dans les 3 phases de la lutte anti-esclavagiste: la période d'engagement  contre  la servitude, celle de son abolition gouvernementale et la longue phase de réorganisation sociale post-abolitionniste. Contrairement à son homologue britannique William Willberforce quelques décennies plus tôt  par exemple, c'est  en temps que Sous-secrétaire d'État  chargé des colonies en 1848 puis parlementaire de la Martinique et la Guadeloupe en 1848-1851 puis à partir de 1871_qu'il put mener partiellement  à leur terme les grandes lignes du projet social qu'il avait élaboré dès avant 1848 pour des colonies sans esclaves. Ce modèle schoelchériste prévoyait que les nouveaux libres deviendraient ouvriers agricoles des grandes centrales sucrières , propriétaires de lopins de terre qu'ils mettraient en valeur pour subsister hors des périodes hors des périodes de récoltes de cannes à sucre. La commission d'abolition le confirmait en effet. Alors que la production de sucre de betterave en France surpassait dès cette époque celle de la canne à sucre. Son projet visait certes la liberté des esclaves mais la pérennité  de la prospérité coloniale. Mais il était aussi promoteur du principe  de l'assimilation coloniale , théorie hérités de la révolution française. En effet il qualifiait dès 1833  les 4 vieilles colonies de départements.  

Toutefois avec les mouvements  sur la Négritude et les mouvements indépendantistes le mythe Schœlcher est mis à mal. Certes ,Schœlcher  a contribué à l'émancipation des esclaves ,  mais ce serait un tort de croire que les esclaves eux même n'y ont pas œuvré.  En effet si le décret du 27 avril a bien été  adopté par la France , sa tardive mise en application liée à l'éloignement de la France métropolitaine,  a fait que le 22 mai en Martinique les esclaves de Saint-Pierre se sont révoltés contre leurs maîtres  et la contagion a enflammé, toutes les plantations de la Martinique. Du coup l'esclavage a été aboli le 22 mai en Martinique et le 27 mai , mais de façon plus pacifiste en Guadeloupe. Sans oublier qu'avant le décret du 27 avril, il avait déjà eux en Martinique et en Guadeloupe de nombreuses révoltes d'esclaves qui avaient été matées par les colons, ce qui pousse à dire à certains, que la liberté des esclaves est surtout due au fait du déclin de l'économie sucrière.  Les esclaves en fuite: les nègres marrons ont également contribués à cette émancipation.

Source : France Antilles , hors série 1998

L'abolitionnisme de Victor Schœlcher, un humanisme mâtiné de colonialisme et de moralisme

Pour certains Schœlcher était un paternaliste, pour les Noirs les rendant infantiles, au nom de la bonne France Républicaine, Pour d'autres c'est un héros qui a contribué à l'émancipation des Noirs de France. En fait ,Victor Schœlcher est un peu de tout cela. Il serait un tort  de déconsidérer son œuvre, car il y avait une vrai volonté humaniste derrière tout cela . Mais ce serait aussi une faute de penser; qu'il n'avait pas un préjugé d'orgueil envers ces pauvres "Noirs de la République".   Toutefois la France qui pendant des années a utilisé, le fait que ce soit un blanc qui ait libéré les Noirs de l'esclavage, pour faire taire toutes contestations au sein des DOM, l'a pratiquement oublié de toutes manifestations de commémoration de l'année 2004 (sauf dans quelques villes comme Houilles ou Fessenheim où il est né).  En effet , l'année 2004 est l'année du bicentenaire de sa naissance, celle du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti et qui a été décrétée « Année Internationale de Commémoration de la lutte contre l’Esclavage et de son abolition » par l’UNESCO. Un oubli volontaire quand on sait que, le bicentenaire d'Austerlitz a été commémoré le 2 décembre  2005. Selon Anne Girollet Schœlcher était tellement convaincu des vertus des valeurs républicaines de la métropole, que son combat, certes humaniste et égalitaire, restait mâtiné de colonialisme, de paternalisme et de moralisme, ce qui l'amena à prendre des directions assez surprenantes notamment dans ses prises de position contre l'esclavage et dans l'organisation du statut des colonies. Schœlcher revendiquait l'égalité des droits, cependant, il était assimilationniste sans être universaliste. ( Anne Girollet , L'abolitionnisme de Victor Schœlcher, un humanisme mâtiné de colonialisme et de moralisme, Cahiers d'histoire, numéro 1999-3). Notons que cette année Aimée Césaire a refusé que le lycée Schœlcher soit débaptisé à son bénéfice par le Conseil Régional. On peut se demander les raisons de ce choix quand on sait que certains lycées de la Martinique , comme le lycée Bellevue, ne portent pas de nom propre.

Photo, Statue bourg de  la ville de Schœlcher (972). 

Aujourd'hui une ville, une bibliothèque et  un lycée portent son nom en Martinique. Le 10 juin pour la Guyane, 22 Mai pour la Martinique , 27 mai pour la Guadeloupe, 20 décembre pour la Réunion, commémoration de  l' abolition de l'esclavage.

Liens :

 http://www.senat.fr/evenement/victor_schoelcher

http://www.dhdi.free.fr/recherches/etudesdiverses/articles/garrier.htm

http://ch.revues.org/document269.html

http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations2004/manifschoelcher.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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